La Cour pénale internationale (CPI) est la principale juridiction pénale internationale permanente, chargée de juger les personnes accusées de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de génocide et de crimes d'agression. Pour que ces crimes soient punissables, les preuves doivent être valables, suffisantes et obtenues légalement. Le traitement des preuves à la CPI diffère considérablement des systèmes nationaux en termes d'admissibilité, de collecte et d'évaluation des preuves.
Cet article, rédigé à partir de l'expérience de la défense pénale internationale devant la CPI, explique comment les preuves sont gérées tout au long de la procédure : de leur collecte à leur analyse finale, en tenant compte des règles du Statut de Rome et du Règlement de procédure et de preuve.
Cadre réglementaire : Statut de Rome et règlements de procédure
L'administration de la preuve dans la CPI est réglementée par :
- Le Statut de Rome (1998), traité fondateur de la Cour.
- Le règlement de procédure et de preuve, qui précise les aspects relatifs à l'admissibilité et à l'évaluation des preuves.
Contrairement aux tribunaux internationaux ad hoc tels que le TPIY ou le TPIR, la CPI dispose de règles bien établies qui offrent une plus grande sécurité juridique aux parties à la procédure.
Types de tests admis
Conformément à l'article 69 du Statut de Rome, la Cour peut demander et admettre tout type d'élément de preuve pertinent et admissible. Cela confère à la procédure un caractère flexible, loin de tout formalisme.
Parmi les éléments de preuve les plus fréquents devant la CPI figurent les suivants :
- Témoignages oraux de victimes, de témoins ou d'experts.
- Documentation écrite : rapports de renseignement, correspondance, dossiers officiels.
- Preuves audiovisuelles : photographies, vidéos, enregistrements.
- Témoignages d'experts : médico-légaux, médicaux, balistiques, anthropologiques.
- Déclarations préliminaires de témoins.
- Preuve numérique : courriels, métadonnées, géolocalisation, messagerie électronique.
Principes fondamentaux de la preuve
- Liberté de la preuve : la Cour ne limite pas les moyens de preuve s'ils sont pertinents.
- Charge de la preuve : il incombe à l'accusation de prouver la culpabilité au-delà de tout doute raisonnable, bien que la défense puisse fournir des preuves à décharge ou à l'appui.
- Recevabilité : les preuves non pertinentes, obtenues illégalement ou qui violent les droits de l'accusé sont exclues. La décision est casuistique et motivée.
Obtention de preuves : défis et garanties
La collecte de preuves dans le contexte de la criminalité internationale présente de grandes difficultés : zones de conflit, risques pour les témoins, absence d'institutions judiciaires.
Le procureur peut :
- Recherche sur le terrain, avec autorisation de l'État ;
- Rechercher la coopération des États ou des organisations internationales ;
- Activer les mécanismes de protection des victimes et des témoins.
Cela doit garantir le respect des droits fondamentaux tels que le droit à un procès équitable et la présomption d'innocence.
Protection des victimes et des témoins
De nombreux témoignages devant la CPI émanent de victimes directes, leur protection est donc essentielle.
L'Unité d'aide aux victimes et aux témoins (UVT) de la CPI peut.. :
- Garantir l'anonymat du déclarant ;
- Mettre en œuvre des mesures de relocalisation ou de sécurité ;
- Fournir une assistance psychologique ou médicale.
Ce soutien permet aux victimes de coopérer plus facilement sans crainte de représailles.
Évaluation des éléments de preuve
L'appréciation des preuves est libre mais doit être motivée. Les juges expliquent :
- Quelles sont les preuves qu'ils considèrent comme concluantes ;
- Quels sont les tests exclus et pourquoi ?;
- Comment ils relient chaque élément de preuve au comportement de l'accusé.
La condamnation doit reposer sur une conviction au-delà de tout doute raisonnable. En son absence, elle est acquittée, comme ce fut le cas pour l'ancien président Laurent Gbagbo, faute de preuves directes.
Jurisprudence pertinente
Exemples illustratifs de l'utilisation des preuves devant la CPI :
- Affaire Lubanga (R.D. Congo) : la Cour a analysé les contradictions dans les témoignages et l'utilisation des preuves obtenues par les ONG.
- Affaire Katanga : les rapports médico-légaux, les preuves électroniques et les témoignages protégés ont été évalués.
- Affaire Al Mahdi (Mali) : de nombreuses preuves audiovisuelles de la destruction de biens culturels ont été utilisées.
Ces cas montrent la nécessité d'une évaluation conjointe et minutieuse, dans le respect des procédures.
Conclusion
L'utilisation appropriée des preuves devant la CPI est cruciale pour la légitimité du processus et la lutte efficace contre l'impunité. La Cour doit combiner la souplesse de l'enquête avec le respect rigoureux des droits de l'accusé.
Pour participer avec succès aux procédures devant la CPI, que ce soit en tant que victime ou en tant qu'accusé, il est essentiel de disposer d'une équipe de défense spécialisée en droit pénal international, qui soit familiarisée avec le fonctionnement technique et humain de la Cour.
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