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Élections de la CCF d'INTERPOL 2026 : qui décidera de votre Notice Rouge ?

Le 25 juin 2026, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a fait quelque chose qui se produit rarement dans le domaine de la coopération policière internationale : nommer, chiffres à l'appui et sans euphémismes, le mauvais usage du système de notices d'INTERPOL comme un outil de répression transnationale.

Moins d'un mois plus tard, le 22 juillet 2026, INTERPOL a publié la liste de vingt candidats qui se disputeront, en novembre, les sept sièges du Commission de contrôle des fichiers de l'INTERPOL (CCF), le seul organe capable d'annuler une notice rouge abusive.

Ce n'est pas une coïncidence mineure. Ce sont deux aspects du même problème : qui abuse du système et qui doit le corriger. Pour un chef d'entreprise, un banquier ou un cadre ayant une exposition internationale, comprendre ces deux fronts n'est plus un exercice académique. C'est une information qui peut anticiper une arrestation dans un aéroport ou éviter des années d'atteinte à la réputation.

Ce que l'Europe a averti en 2023 et a répété avec plus de force en 2026

Il convient d'être précis avec les dates, car dans un mémoire en défense, la précision chronologique est aussi pertinente que l'argument lui-même. En juin 2023, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe avait déjà adopté la Résolution 2509, sur la base d'un rapport de Sir Christopher Chope (Royaume-Uni), mettant en garde contre le risque que la répression transnationale fait peser sur l'État de droit. Ce texte ne mentionnait pas INTERPOL de manière centrale.

Trois ans plus tard, la commission des questions juridiques et des droits de l'homme de l'Assemblée a approuvé un nouveau rapport, basé sur les travaux du député chypriote Constantinos Efstathiou, et la plénière de l'Assemblée l'a débattu et adopté le 25 juin 2026 : la Résolution 2669, intitulée « Lutter contre la répression transnationale ». C'est cette résolution 2669, et non la résolution 2509, qui est directement pertinente pour quiconque fait face à une notification d'INTERPOL ou craint d'en recevoir une.

Selon les premières analyses spécialisées qui ont suivi le débat, le vote s'est soldé par 52 voix pour, 5 contre (l'ensemble de la délégation du parti au pouvoir turc) et 7 abstentions. Nous recommandons, dans tous les cas, de vérifier ce chiffre directement par rapport au procès-verbal officiel des résultats sur pace.coe.int avant de le citer dans un mémoire ou un acte de procédure.

Ce qui s'avère en revanche cohérent entre les sources disponibles, c'est le contenu. Le nouveau texte de 2026 condamne expressément « l'utilisation abusive de mécanismes légitimes de coopération juridique internationale, tels que le système de notices d'INTERPOL, les demandes d'extradition, les cadres d'entraide judiciaire et les mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ». Le texte s'appuie sur des données de Freedom House : au moins 1 375 incidents documentés de répression transnationale depuis 2014, attribués à 54 États et touchant des victimes dans 107 pays d'accueil.

La Turquie et la Russie figurent parmi les États les plus épinglés. La Russie, exclue du Conseil de l'Europe en 2022, continue de susciter des inquiétudes en raison de la levée partielle des mesures correctives que le Comité exécutif d'INTERPOL lui avait imposées.

L'Assemblée recommande en outre que les États membres rejettent l'accord actuellement en discussion visant à élargir les immunités juridiques d'INTERPOL, et appelle à la désignation de points focaux nationaux contre la répression transnationale.

Cette résolution n'arrive pas seule. Elle est précédée celle du Parlement européen, adoptée le 13 novembre 2025 par 512 voix pour, 76 contre et 52 abstentions, concernant la protection des défenseurs des droits de l'homme contre la répression transnationale. Deux institutions européennes distinctes, le Conseil de l'Europe et l'Union européenne, sont parvenues à une conclusion convergente en moins de huit mois.

Il convient d'être précis également sur la portée : aucune de ces résolutions ne lie juridiquement la CCF ni n'ordonne l'annulation d'aucune notification. Mais elles constituent un élément de contexte institutionnel d'un poids considérable. Lorsqu'un avocat invoque devant la Commission l'article 3 de la Constitution d'INTERPOL (qui interdit toute intervention dans des affaires de caractère politique, militaire, racial ou religieux), il n'argumente plus dans le vide. Il le fait en étant soutenu par deux parlements européens qui ont documenté, chiffres à l'appui, le modèle d'abus qu'il dénonce.

Sept sièges, vingt candidats : l'élection qui décide qui contrôle votre dossier

Les sept mandats en vigueur au sein de la CCF expireront tous en même temps, le 11 mars 2027. Cette coïncidence s'explique par le fait que les sept membres actuels ont été élus lors du même cycle, en 2022 ; d'habitude, les renouvellements sont échelonnés, mais il n'en sera pas ainsi cette année. L'élection aura lieu lors de la 94e Assemblée générale d'INTERPOL, à Hong Kong, du 30 novembre au 3 décembre 2026.

Le Comité exécutif d'INTERPOL a approuvé vingt candidatures émanant de dix-sept pays. Cinq des sept membres sortants briguent un nouveau mandat : la présidente Teresa McHenry (États-Unis), Michel Forst (France), Hamza Es Said (Maroc), Mohamed Kamara (Liban) et Mohamed Elfadhel Miled (Tunisie). Les deux autres membres actuels, de la Belgique et du Royaume-Uni, ne figurent pas sur la liste des candidats. Cela garantit deux sièges de représentation entièrement nouvelle.

Parmi les quinze candidats qui ne font pas actuellement partie de la Commission figurent des juristes et des spécialistes de Géorgie, du Cameroun, d'Italie, d'Ukraine, du Mexique, de Namibie, d'Inde, de Turquie, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, entre autres pays. Une donnée pertinente pour la région : L'Argentine fournit le seul candidat latino-américain des vingt, Ramiro Anzit Guerrero, directeur du renseignement criminel de son pays et ancien officier du Secrétariat général d'INTERPOL à Lyon.

Michel Forst est, aux côtés de la présidente McHenry, l'un des profils ayant la plus grande envergure internationale parmi ceux qui aspirent à un second mandat. Forst est l'actuel membre pour la France et a été Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l'homme.

La sélection neobéissait pas à des quotas de nationalité : aucun pays ne pouvait compter plus d'un ressortissant au sein de la CCF. Elle obéissait en revanche à des catégories de spécialisation exigées par le Statut : coopération policière internationale, droit pénal international, droits de l'homme, protection des données, traitement électronique de l'information et expérience judiciaire ou fiscale de haut niveau. Chaque catégorie correspondait à l'un des sept sièges. Le détail même des candidatures révélait à quel point la concurrence était inégale au sein de chaque catégorie : seuls deux des vingt candidats justifiaient d'une expérience spécifique en matière de protection des données, la spécialité exigée pour un poste unique, tandis que jusqu'à six candidats dotés d'un parcours judiciaire ou fiscal senior se disputaient la place réservée à ce profil.

Il y a une donnée qui intéresse directement quiconque a présenté, ou envisage de présenter, une demande auprès de la CCF. Le statut de la Commission fixe des mandats de cinq ans, renouvelables une seule fois pour une période supplémentaire de trois ans. En pratique, cela signifie que ceux qui seront élus pour la première fois à Hong Kong resteront en fonction jusqu'en 2032, tandis que ceux qui seront réélu, de façon prévisible parmi eux la présidente McHenry, achèveront un deuxième et dernier mandat de trois ans seulement, jusqu'en 2029. L'architecture institutionnelle même de la CCF empêche ainsi le maintien indéfini de ses membres, ce qui renforce son indépendance vis-à-vis de n'importe quel pays.

Un vote de confiance et une tâche en suspens au sein du maillon national

Les vingt candidats approuvés par le Comité exécutif ne concourent pas à égalité de conditions entre eux : chacun justifie du profil spécifique exigé par sa catégorie : coopération policière internationale, droit pénal international, droits de l'homme, protection des données, traitement électronique de l'information ou expérience judiciaire ou de procureur senior. Cette exigence de spécialisation, siège par siège, constitue en soi un vote de confiance envers la nouvelle Commission : quiconque en fera partie à compter de mars 2027 arrivera précisément accrédité dans la matière qu'il lui appartiendra de juger.

Mais la CCF est, par conception, la dernière instance de contrôle. La première ligne de défense contre les abus se situe bien plus en amont : dans les Bureaux centraux nationaux (BCN) de chaque pays, qui sont ceux qui introduisent, ou devraient rejeter, une demande de notice rouge ou de diffusion avant même qu'elle n'atteigne le Secrétariat général. Aucune réforme de la CCF, aussi sophistiquée soit-elle, ne remplace la rigueur qui doit être exercée à ce premier filtre.

Contribution personnelle de l'auteur

Je me permets, à titre personnel et après plus de deux décennies de contentieux dans ces affaires, de formuler ici une recommandation concrète. Les BCN devraient disposer de protocoles internes, et non seulement de déclarations de principes, afin qu'un fonctionnaire soumis à des pressions politiques indues, visant à traiter une demande sans l'appui d'un contrôle judiciaire préalable, puisse le signaler par un canal interne protégé, sans crainte de représailles. Ce signalement devrait en outre avoir de véritables conséquences disciplinaires en cas de confirmation de l'abus. La formation spécialisée et éthique de ceux qui décident quelle demande sort d'un pays vers INTERPOL n'est pas un luxe administratif : c'est, à mon sens, l'investissement le plus rentabilisé qu'un État puisse faire pour éviter que ses propres institutions ne finissent par avoir à répondre devant le Conseil de l'Europe.

En parallèle, il convient de renforcer un point que nous avons déjà documenté dans notre analyse des réformes de 2025 : depuis lors, le Secrétariat général d'INTERPOL joue un rôle plus actif dans l'examen de la conformité avant qu'une notice ne soit publiée et rendue visible pour 196 pays. Ce double filtre, national et central, constitue en théorie la bonne architecture. Ce qu'exige le moment présent, c'est que les deux maillons, et pas seulement le second, fonctionnent avec le même niveau de rigueur.

La réforme silencieuse : moins d'échéances non respectées, plus d'agilité dans la simplicité

En attendant que la composition de la CCF soit arrêtée, la Commission elle-même a commencé à modifier son mode de fonctionnement. À partir de 2026, elle remplacera ses quatre sessions annuelles de cinq jours par trois sessions plus longues, d’environ deux semaines chacune, réparties entre fin janvier, juin et septembre-octobre. Il s’agit d’un programme pilote qui répond à un constat préoccupant : en 2024, jusqu’à 70% des demandes d’accès n’ont pas été traitées dans les délais réglementaires.

Le changement ayant le plus d'impact pratique est l'élargissement de la délégation de pouvoirs au rapporteur et à la présidence pour les cas « manifestement non complexes », combinée à un recours accru aux examens à distance entre les sessions plénières. Un dossier simple et bien documenté peut désormais être réglé sans attendre que les sept membres se réunissent en plénière. C'est le cas, par exemple, d'une notice rouge manifestement contraire à l'article 83 du Règlement du traitement des données d'INTERPOL, car découlant d'un conflit administratif, du travail ou commercial. Les affaires complexes, politiquement sensibles ou présentant des indices de persécution, en revanche, continueront d'être réservées à la délibération plénière de la Commission.

Cette réforme s'ajoute à celle que nous avons déjà analysée dans notre étude de la 93e Assemblée générale, tenue à Marrakech en novembre 2025 : depuis 2024, les membres de la CCF disposent de jusqu'à 80 jours de travail rémunéré par an (125 dans le cas de la présidence), contre 26 jours auparavant. La conclusion pratique est double. Les dossiers bien construits, dotés d'un dossier technique solide dès le départ, bénéficient aujourd'hui d'une voie plus rapide vers une résolution favorable. Les affaires complexes continueront d'exiger de la patience, de la rigueur probante et un accompagnement constant auprès du Secrétariat de la Commission.

Une commission qui joue sa propre crédibilité

Cela n’a pas toujours été le cas. Auparavant, l’intégrité de la CCF avait fait l’objet de sérieuses remises en cause au sein de forums internationaux spécialisés. Sous la présidence de Teresa McHenry, ce chapitre semble désormais clos : selon les chiffres publiés par INTERPOL elle-même, en 2024, 40% des données examinées par la Commission se sont révélées conformes aux normes de l’organisation, dans le cadre d’une amélioration constante de la qualité et de la rapidité des décisions. Aucun pays actuellement soumis à des mesures correctives de la part du Comité exécutif d’INTERPOL ne figure, par ailleurs, parmi les candidats retenus pour 2026.

Chez VENFORT, nous avons représenté devant la CCF des entrepreneurs à fort patrimoine et d'anciens hauts fonctionnaires visés par des notifications fabriquées à la suite d'un changement de pouvoir politique. C'est le schéma classique du lawfare transfrontalier. C'est cette expérience directe devant la Commission, session après session, qui permet d'anticiper la manière dont un dossier sera lu et quels arguments influencent réellement une décision, bien avant que l'affaire n'arrive à Hong Kong ou dans tout autre siège de l'Assemblée générale.

C’est, en ce sens, une bonne noticia tant pour ceux qui cherchent à renouveler leur mandat que pour ceux qui arrivent pour la première fois. Il faut reconnaître aux cinq membres qui se présentent à la réélection quelque chose qui n'est pas négligeable : avoir maintenu, pendant cinq ans, un niveau de travail qui sert aujourd'hui de référence à toute l'organisation. Aux quinze nouveaux candidats, l'opportunité d'intégrer à la Commission des profils frais juste au moment où deux parlements européens ont examiné, avec des données et sans ambiguïté, l'utilisation abusive des mécanismes que la CCF est appelée à contrôler. L'expérience accumulée et le renouveau ne se concurrencent pas : l'une et l'autre sont, en fin de compte, ce qui soutient la confiance institutionnelle dont un client a besoin lorsque sa liberté de mouvement dépend de la décision de sept personnes.

Trois questions fréquentes sur votre dossier auprès de la CCF

Existe-t-il un recours contre une décision de la CCF maintenant une notice rouge ?

Non. El Statut de la CCF il ne prévoit pas d'appel au sens strict, mais une révision (article 42) devant la Commission elle-même, recevable uniquement lorsqu'un fait nouveau apparaît qui, s'il avait été connu à l'époque, aurait pu modifier la conclusion. Le délai pour la demander est de six mois à compter de la découverte de ce fait nouveau, et non de la date de la décision initiale. Chez VENFORT, nous recommandons d'activer la révision immédiatement lorsqu'un élément authentiquement nouveau surgit dans ce délai et, lorsqu'il n' y en a pas, d'évaluer calmement s'il convient d'attendre le renouvellement de la composition de la Commission, comme celle qui prendra ses fonctions en mars 2027, avant de réitérer une demande substantiellement identique auprès des mêmes sept membres qui l'ont déjà rejetée.

Que se passe-t-il avec les dossiers déjà déposés pendant le renouvellement de la composition de la CCF ?

Ils ne sont ni paralysés ni redémarrés. Les sept membres actuels continuent de traiter les affaires jusqu'à la fin de leur mandat, le 11 mars 2027 ; à partir de cette date, les dossiers en suspens sont transmis à la nouvelle composition sans que ce changement, en soi, n'oblige à présenter une nouvelle demande. Il en va autrement si, face à une Commission renouvelée, il convient de renforcer le dossier avec des arguments ou des éléments supplémentaires, ce que nous évaluons au cas par cas chez VENFORT.

Toute notice rouge dérivée d'un conflit du travail ou commercial est-elle automatiquement invalide ?

Pas de façon automatique. L'article 83 du règlement de l'INTERPOL sur le traitement des données interdit d'utiliser le système de notifications pour faire exécuter des obligations découlant de contrats privés, mais la Commission exige que le caractère civil, professionnel ou commercial de l'affaire soit établi au cas par cas : il ne suffit pas de l'alléguer, il faut le prouver par le dossier. C'est précisément le type d'affaire « non complexe » que, sous la réforme en vigueur depuis 2026, le rapporteur ou la présidence peuvent régler sans attendre que les sept membres se réunissent en plénière.

Qu'est-ce que cela signifie pour vous

Pour un entrepreneur, un banquier ou une famille ayant une exposition internationale, ces deux évolutions (la condamnation européenne de l'abus du système d'INTERPOL et le renouvellement complet de la CCF) ne sont pas des nouvelles lointaines. Elles sont le signe que l'environnement dans lequel la réputation et la liberté de mouvement sont en jeu est en train de changer, et que celui qui agit par anticipation et avec une rigueur technique trouvera, dans les mois à venir, une fenêtre plus favorable que les années précédentes.

L'Amérique latine est, aujourd'hui, la région où ce schéma se répète le plus fréquemment : des changements de gouvernement suivis de notifications fabriquées contre des entrepreneurs, des banquiers et d'anciens fonctionnaires de l'administration sortante. Depuis Caracas et Madrid, avec un réseau de cabinets alliés en Colombie, au Panama, en République dominicaine et dans le reste de la région, nous coordonnons la stratégie face à la CCF dès le premier indice de risque, et non à partir de l'arrestation à l'aéroport. Cette même architecture s'étend aujourd'hui vers d'autres places où l'exposition patrimoniale exige une discrétion identique, comme le Golfe persique, et permet d'anticiper la manière dont un dossier sera lu tant par le Secrétariat général d'INTERPOL que par la nouvelle composition de la Commission qui prendra ses fonctions en mars 2027.

La composition du CCF changera à Hong Kong. Les normes qu'il exige ne changeront pas. C'est pourquoi la recommandation que nous faisons à nos clients reste la même : agir avant que la notification n'existe, et non après.


Par le Dr Alan Aldana · Managing Partner de VENFORT Abogados · Avocat accrédité auprès de la Cour pénale internationale · Directeur du Comité vénézuélien de la World Compliance Association

Consultation confidentielle: contacto[@]venfort.com

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